• T. de Saint-Castin

Concours n°1 - Poésie

Nous vous présentons ici les propositions faites pour notre premier concours, pour le concours de poésie. Le thème était celui-ci : un personnage de l'histoire de France. Notre communauté s'honore des poètes qui ont donné de la voix et manifesté leur talent, plume à la main. Merci à veux !


Pauvre Martin - France Forever, lauréat.


Si parmi les héros et de robe et d'épée,

De lettres et de science,

De qui notre pays par grande renommée

Exalte l'existence,


Si, parmi tous les noms, et pour en faire gloire,

J'avais à faire un choix,

J'élirais sur-le-champ parmi la vaste Histoire

Le paysan françois.


Sa vie n'a pas passé dans l'Encyclopédie,

Mais traversé les temps ;

Sa face est nuageuse et son ombre ternie,

C'est un homme pourtant.


Il a vu, par les ans, les arbres millénaires

Croître du premier grain,

Il est, si la Nation veut un dépositaire,

L'homme le plus certain.


C'est lui qui du Breton, du Franc, du Cévenol,

Dénombre les aïeux,

Et l'on ne croirait pas, s'il est plus près du sol,

Q'il soit plus loin des cieux.


Cet ancêtre inconnu se perd dans nos racines,

Où l'œil humain ne voit ;

Mais, dans le fil des temps, sa trace se dessine

Jusqu'au temps des Gaulois.


La mort saisit le fils de classe supérieure

Comme l'homme de rien ;

Son image a passé, mais son nom, lui, demeure :

C'est le vôtre et le mien.


Ses titres sont nombreux à se recommander

À notre souvenir,

À nous qui, comme lui, apprenons succéder,

Naître, vivre et mourir.


Sans avoir eu l'honneur, l'écho ou le destin

D'un Hoche ou d'un Bayard,

Dans la frise qui fait l'Histoire des humains,

Il a rempli sa part.


Ses lignées ont connu et franchi les épreuves,

Long trésor du passé,

Et ce fameux sillon qu'un sang impur abreuve,

C'est lui qui l'a tracé.


Par quelque excellent roi que le pays heureux

Ou domine ou prospère,

Par quelque excellent clerc que la Cité de Dieu

S'élève sur la Terre,


Par quelque grand savant, artiste, juge, auteur,

Que l'esprit se consulte,

Si n'a le paysan accompli son labeur,

Le pays reste inculte.


C'est pour lui que le maire, à sa charge élective,

Exerce son mandat ;

Et c'est pour protéger la terre qu'il cultive

Que le guerrier combat.


Il n'est pas moins soigneux que tous à accomplir

Ses pénibles travaux,

Et ses soins font lever, croître, éclore et fleurir

Les champs et les coteaux.


Ce fonds manque le moins : la patrie elle-même

Fructifie sous ses pas ;

Sous la main de celui qui la bine et l'essème,

La terre ne ment pas.


Un troupeau qui périt, un champ qui tombe en friche,

C'est la France qui meurt,

La jachère emblavée, la plante qu'on détriche,

Rendent vie à son cœur.


Gloire donc à celui qui, au sol attaché,

Croyant en Dieu toujours,

A remué la terre et lui a transféré

Sa peine et ses amours.


Ses bras ont élevé les maisons, les villages,

Cerclé de haies les champs,

Ses pieds et ses genoux ont usé, par les âges,

Des églises les bancs,


Son dos a transporté les pierres et les gerbes

De blé et de froment,

Ses flancs ont parcouru les forêts et les herbes,

Les cours et les torrents.


Ses mains ont décoré chapelles et calvaires

De naïfs ornements,

Ses doigts ont trait la vache, ont promené l'araire,

Et conduit les enfants.


Son œil a contemplé, en plaine et en montagne,

Comme il aménageait

L'espace dont les lois de la vie des campagnes

Imposait le respect.


Sa sueur et son sang ont détrempé la terre

Qu'il ne quitta jamais,

Et, mort, son corps encor a fourni sa matière

À ses nouveaux bienfaits.


Mais que cette grandeur mérite de souffrance !

Quelle vie, ô mon Dieu !

Quel tribut à payer ! et combien d'endurance

Au sort ignominieux !


L'émotion que l'on doit à cet aïeul qui dort

Redouble à la pensée

Qu'il eut froid, qu'il eut faim, que le deuil et la mort

Couvrirent ses années,


Que de la maladie le spectre récurrent

Planait sur sa maison,

Et que toujours ou guerre, ou grêle, ou plaie d'argent,

Sourdaient à l'horizon !


Il fallait de la foi, de l'espoir, du courage,

Pour supporter les maux

Qui, de l'Antiquité et par le Moyen-Âge

Furent ainçois son lot !


Alléger son fardeau fut de ses protecteurs

Le plus constant souci,

Il fut le plus grand nombre, et sa vie de rigueurs

Se poursuit aujourd'hui.


L'agriculteur français à la vie dure et chère

Fait écho à la voix

Du vieux pauvre Martin, dans sa pauvre misère,

Parlant en son patois.


Si quelques joies alors, dans la vie cantonale,

Relevaient son effort,

Les abandons présents de la France rurale

En ont scellé le sort.


Mais trois cloches jadis sonnant dans la vallée

Marquaient ses rudes jours,

Et un village ami, une famille aimée,

Accompagnaient leur cours.


Leur son se perpétue jusqu'à nos jours présents,

Et nous, leurs héritiers,

Recevons d'eux le legs qu'à leur tours nos enfants

Vont immortaliser.


Un Jour, fixé par Dieu, notre monde d'errance

Va disparaître en flammes,

Et les ressuscités recevront la sentence

Méritée par leur âme.


Ce Jour-là, dans les cieux, les rois, les empereurs,

Papes et maréchaux,

Médecins, écrivains, bâtisseurs, inventeurs,

Tous glorieux héros,


Si ce jour, gens de cœur, d'esprit et de raison,

Pour nous voir seront là ;

Un paysan aussi sera là, par millions,

Et nous regardera.


Et nous devrons le voir, car il est notre ancêtre,

À tous, fils de Japhet.

Si, vraiment, il fallait accorder à un être

Le plus digne respect ;


Le nom qui me viendra sera toujours mon père,

Chez les hommes vivants,

Et, au nombre des morts, celui que je préfère,

C'est le vieux paysan.


Hommage au premier sapeur - PèreLaVictoire, candidat.


Quand la France voit naître son premier pionnier,

Le plus juste des Louis régissait nos contrées.

Bien que bon cavalier, et savant ambitieux,

Son avenir ne s'annonçait pas glorieux.


Fidèle à sa Bourgogne, il combat pour la Fronde,

Maistre de renom, bravant l'ennemi qui gronde.

Ô, astucieux artilleur ! Preste cavalier !

Bientôt c'est au pouvoir royal que vous cédez.


Au service du roi, de Vauban fait ses preuves,

Sur les vils condéens retranchés ses coups pleuvent.

L’habile officier lutte avec grande valeur,

Fier, vif et fort de ses talents d'ingénieur.


Guidant sièges et défenses, le capitaine

Sauve nombre de villes, aux ordres de Turenne.

L’expert bâtisseur, émérite assiégeur,

À Ypres et Arras, remporte tous les honneurs.


Toujours brave, souvent blessé, jamais vaincu,

Par le roi le preneur de villes est reconnu.

Le chevronné stratège de la première heure,

Dans tout Maastricht sème bientôt la terreur !


Innovant fortifieur, éminent militaire,

Vauban installe son fameux rideau de fer.

Le génie défenseur, penseur et maréchal,

Offre à la France en guerre le pré carré royal.


Le De Vinci français provoque des miracles,

Cerveau de l’armée royale du Grand Siècle.

Mais sa dévotion pour le peuple et la patrie,

Lui vaudra bien vite le blâme du grand Louis.


Dévoué aux petites gens comme à son roi,

Vauban, rongé par la disette des François,

Propose dans son livre un plan réformateur ;

Mais Vauban est censuré par son seigneur.


Le vieux et faible maréchal tombe en disgrâce,

Fiévreux et malade, il n’est plus aussi tenace.

En l’an mil sept cent sept, le marquis de Vauban

Rendit son âme d’ingénieur et commandant.


C’est la fin d’un grand homme et d’un fier bâtisseur,

Qui compta bien près de deux centaines d’œuvres ;

Il mena de grands sièges, toujours novateur.

La France n’oublie pas ce pionnier de valeur.


Le Roi René - Cheminade2022, candidat.


Le Roi René d’Angers s’est enfui vers les cieux,

Désormais insoucieux, pour toujours silencieux,

Il s’éprit de l’esprit d’Anjou dans sa jouvence

Mais sera mis en bière en Provence… En Provence ?


En Provence enterré notre Bon Roi René ?

Si loin de Saint-Maurice ? Son mot malmené !

Ici, ses requêtes ne seront ignorées,

Et ses actions seront à jamais honorées !


Après qu’il a chassé deuil, misère et dégât,

Et avant qu’à sa mort (drame !) il ne déléguât

Au dernier duc d’Anjou ses terres, son domaine,

Il rendit leur grandeur à la Loire et la Maine ;


Après qu’il fit construire son logis royal,

Il défendit sa ville et lui resta loyal ;

Après avoir montré le plus grand des courages,

Il signa de sa plume ses plus beaux ouvrages ;


Après avoir saigné, preux, résolu, vainqueur ;

Après avoir perdu la femme de son cœur ;

Après cent ans de guerre, il fit renaître Angers —

Il devrait être là ! Pas chez des étrangers…


Aucun but à râler, fallait-il donc aller

Rapprocher notre Roi de sa cathédrale, et

— Ce que fit sa seconde épouse notre reine —

De feu sa si belle duchesse de Lorraine.


Il revint dans la nuit, revint parmi les siens,

Avant d’aller là-haut rejoindre les anciens,

Il vécut sans sa femme presque trente hivers ;

Les voilà réunis, d’une tombe couverts.


Le Roi René d’Angers n’est plus de cette Terre,

Mais avec sa moitié, plus jamais solitaire…

Désormais insoucieux, pour toujours silencieux,

Le Roi René d’Angers s’est enfui vers les cieux.


Inconnu - Faust, candidat.


Ton nom à jamais nous sera caché

Et pourtant de notre France tu fus un pilier

Du plus profond des tranchées

Aux mers et océans déchaînés

Tu fus à tous les endroits

Où étaient rudes les combats


Ton arme, un bien trop simple fusil

Face à la toute puissante artillerie

Tu aurais pu face à eux céder

Tu aurais pu tout abandonner

Mais ton coeur lui était français

Ce qui signifie, reddition jamais


Alors dans ta tranchée tu tires

Et quand tu n'as plus de munitions

Tu charges baïonnette au canon

Sans espoir d'à ta famille revenir

À cause de toi ils pleureront

Grâce à toi ton pays tiendra bon


Tu fus peut être tombé à Verdun

Où tu fus un soldat de Pétain

Halte là on ne passe pas

Fut ton dernier cri ici-bas

Mais l'aigle noir ne passera pas

Grâce à ta force, à toi soldat


Ou peut-être viens-tu d'autres endroits

De Flandres, de la Somme ou de l'Artois

Ou encore avec un peu de chance

En Lorraine, Champagne ou île de France

Ou est partie à jamais ton âme

Dans la boue du chemin des dames


Personne ne sait réellement d'où tu viens

Ni si tu es royaliste ou républicain

Enterré sous cette dalle sacrée

Que le chiffre six a désigné

Que bien qu'envolée ton âme

Vit à travers cette éternelle flamme


À jamais sous cette dalle tu dormiras

Repose toi maintenant jeune soldat

Tu peux être fier de tes batailles

D'avoir affronté la mortelle mitraille

Bientôt le temps d'autres guerres viendra

Et moi dans tes pas, je serais là


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